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Santé

MALI : UNE PREMIÈRE HISTORIQUE — LA SÉPARATION DE BÉBÉS SIAMOIS AU CHU GABRIEL TOURÉ, UN EXPLOIT MÉDICAL ET HUMAIN

11 septembre 2026
Bamako, septembre 2026 — Dans une salle d'opération du CHU Gabriel Touré, à Bamako, l'impossible est devenu réalité. Le mercredi 9 septembre 2026, une équipe pluridisciplinaire de médecins maliens a réussi la séparation chirurgicale de deux sœurs siamoises nées le 29 août 2026. Une première absolue dans l'histoire de la médecine du Mali — un événement que les autorités sanitaires présentent comme un véritable jalon pour la pédiatrie spécialisée du pays. Un cas aussi rare qu'émouvant, puisque les jumeaux siamois représentent environ une naissance sur 200 000 à travers le monde, selon les statistiques médicales. Longtemps considérée comme impossible dans les pays d'Afrique de l'Ouest faute de moyens techniques, cette intervention marque une étape décisive et ouvre de nouvelles perspectives. DES BÉBÉS RELIÉS PAR LE VENTRE, LA VESSIE ET L'INTESTIN Les deux fillettes, issues de la quatrième grossesse du couple Berthé (en l'absence de prénoms, les usages traditionnels ayant été bousculés par les impératifs médicaux), étaient nées à terme par césarienne. Dès l'annonce de cette grossesse à haut risque, un défi majeur s'était imposé à l'équipe hospitalière : les nouveau-nées partageaient en effet la même paroi abdominale, une vessie commune et un même côlon, ainsi qu'une fistule — un canal anormal — qui compliquait encore davantage la situation. En clair, les systèmes urinaire et digestif des deux sœurs étaient intimement reliés. Une configuration anatomique exceptionnelle qui rendait toute intervention particulièrement délicate et risquée, surtout chez des nourrissons d'à peine 2 500 grammes chacune. LA MACHINE DE GUERRE MÉDICALE DU CHU GABRIEL TOURÉ Dès leur naissance, le 29 août, le CHU Gabriel Touré a mis en branle l'ensemble de ses spécialités. Sous la direction du Colonel Professeur Thierno Madani Diop, directeur général de l'établissement, une véritable équipe a été constituée pour évaluer les possibilités d'une prise en charge chirurgicale. Pendant plusieurs semaines, les praticiens ont multiplié les examens et les diagnostics préopératoires. Une équipe pluridisciplinaire a été réunie, regroupant : - des chirurgiens pédiatriques ; - des anesthésistes-réanimateurs ; - des cardiologues et radiologues ; - des pharmaciens et laborantins ; - ainsi que tout le personnel paramédical du bloc opératoire. Au total, une dizaine de praticiens hautement spécialisés ont été mobilisés pour cette opération hors norme, qui a nécessité l'utilisation d'équipements médicaux de pointe récemment acquis par l'hôpital. Un investissement qui, aujourd'hui, porte ses fruits. « DÉLICAT, CAR LES ENFANTS SONT TRÈS PETITS » : 2 HEURES D'INTERVENTION AU BLOC L'intervention a été menée par le professeur Yakaria Coulibaly, chef du service de chirurgie pédiatrique du CHU Gabriel Touré. Avec sang-froid et précision, son équipe a séparé les tubes digestifs et les voies urinaires des deux jumelles. « On a séparé les tubes digestifs et les voies urinaires, explique le Dr Coulibaly. Cela nous a pris environ deux heures de temps. C'était délicat car les enfants sont très petits, avec un poids de 2 500 grammes par enfant. On félicite vraiment l'équipe d'anesthésistes-réanimateurs qui a fait le gros du travail. Toute la difficulté, c'était à leur niveau. » Car dans ce type d'intervention, le véritable défi n'est pas seulement le geste chirurgical : c'est l'anesthésie. Maintenir deux bébés de 2,5 kilos dans un état stable tout au long d'une opération aussi longue et aussi complexe, en surveillant en permanence leurs signes vitaux, relève d'une expertise de très haut niveau. L'HOMMAGE DU PROFESSEUR COULIBALY : « SANS SCANNER, SANS IRM : C'EST DE L'ART ! » Au-delà de l'exploit technique au bloc, le professeur Coulibaly a tenu à rendre un hommage appuyé à un autre protagoniste de cette histoire : le gynécologue-obstétricien de la famille, basé à Sikasso, à plus de 375 kilomètres de la capitale. C'est en effet lui qui, le premier, a posé le bon diagnostic — et avant la naissance, qui plus est. « C'est lui qui a posé ce diagnostic avant la naissance, et à Sikasso en plus ! s'enthousiasme le professeur Coulibaly. Sans scanner, sans IRM, avec une simple échographie : sincèrement, c'est de l'art ! » Une anecdote qui rappelle que dans les pays où les ressources médicales sont rares, l'expérience et le talent des praticiens peuvent parfois rivaliser avec les technologies les plus avancées. APRÈS L'OPÉRATION : CHACUNE SA VESSIE, MAIS UN CÔLON SEULEMENT À l'issue de la séparation, les deux sœurs disposent désormais chacune de leur propre vessie et de leur propre système urinaire. En revanche, seule l'une d'entre elles a reçu un côlon fonctionnel ; l'autre devra bénéficier d'un accompagnement médical, probablement tout au long de sa vie. Un rappel cruel que la médecine, malgré ses exploits, a ses limites — et que ces deux petites filles entament un long chemin, loin d'être terminé. Les nouveau-nées resteront hospitalisées environ un mois encore, le temps que les équipes s'assurent qu'elles sont aptes à regagner le domicile familial. Elles restent aujourd'hui sous surveillance médicale permanente, tandis que leurs familles attendent leur évolution avec une attention émue. LA MINISTRE DE LA SANTÉ SUR LE TERRAIN Informée de la réussite de cette opération délicate, la ministre malienne de la Santé et du Développement social, le médecin-colonel-major Assa Badiallo Touré, s'est rendue mercredi matin au CHU Gabriel Touré afin de s'enquérir de l'état de santé des nouveau-nées. Elle a salué le travail remarquable réalisé par les praticiens maliens et rendu hommage à l'ensemble des professionnels de santé ayant participé à l'intervention. « Cette réussite démontre la qualité de notre système de santé et le professionnalisme de nos médecins », a-t-elle déclaré, visiblement émue par cet exploit. « J'allais les voir plus tôt pour exprimer toute la reconnaissance des autorités sanitaires envers cette équipe, et surtout l'état de santé des nouveau-nées », avait-elle notamment fait savoir, saluant une prouesse qui place désormais le Mali parmi les pays capables de réaliser ce type d'opération complexe. POURQUOI CETTE OPÉRATION CONSTITUE UN VIRAGE ? 1. Une première nationale, une fierté pour le Mali. Jamais auparavant une séparation de bébés siamois aussi complexe n'avait été réalisée sur le sol malien. Les autorités sanitaires présentent cette réussite comme une illustration des compétences croissantes des praticiens maliens et de la montée en puissance des infrastructures hospitalières du pays. 2. La preuve que la médecine africaine peut relever les défis les plus complexes. Trop souvent, les familles africaines de cas si rares sont contraintes d'évacuer leurs enfants vers l'étranger — en Europe ou au Maghreb — à des coûts inaccessibles, quand ce n'est pas purement et simplement l'abandon de tout espoir. Le CHU Gabriel Touré démontre aujourd'hui qu'une prise en charge locale, pluridisciplinaire et de qualité est possible. 3. Un espoir pour la médecine pédiatrique spécialisée en Afrique de l'Ouest. Cette intervention ouvre en effet la voie à un renforcement des compétences et des équipements dans les hôpitaux de la sous-région. Elle pourrait profiter à des milliers d'autres enfants atteints de pathologies lourdes. 4. Le rôle des familles et de la médecine de proximité. L'histoire a aussi mis en lumière le rôle du médecin de Sikasso, qui a su poser le bon diagnostic en zone rurale, avec un simple échographe. Un rappel précieux : la prise en charge commence bien souvent loin des grandes villes — et les petits hôpitaux de proximité méritent eux aussi d'être soutenus. Rappelons-le : les bébés siamois, également appelés jumeaux conjoints, résultent d'une division incomplète de l'embryon au cours des premières semaines de grossesse. Leur séparation chirurgicale requiert des conditions techniques et humaines particulièrement exigeantes qui ne sont pas disponibles dans tous les établissements hospitaliers, même dans les pays les plus développés. PORTRAITS D'UNE PROUESSE COLLECTIVE Le professeur Yakaria Coulibaly — chef du service de chirurgie pédiatrique du CHU Gabriel Touré, il a mené l'opération au bloc et piloté l'équipe chirurgicale avec sang-froid et humilité, saluant le travail de ses collègues anesthésistes et du médecin de Sikasso. Le Colonel Professeur Thierno Madani Diop — directeur général de l'établissement, il a su mobiliser toutes les ressources de l'hôpital et orchestrer la préparation de plusieurs semaines qui a rendu possible cette intervention. L'équipe des anesthésistes-réanimateurs — considérée par le professeur Coulibaly comme le maillon le plus fragile et le plus précieux de la chaîne : ce sont eux qui ont « fait le gros du travail » selon les mots du chirurgien. Le gynécologue-obstétricien de Sikasso — l'homme à l'échographe, qui a permis de diagnostiquer la situation avant la naissance, à 375 km de la capitale. Toujours sans nom dans la presse, il illustre le rôle crucial des médecins de proximité. Les familles, le couple Berthé et leurs filles — les deux petites sœurs, dont les prénoms n'ont pas encore été choisis, et leurs parents, qui devront désormais accompagner une fillette nécessitant un suivi médical à vie. UN MESSAGE D'ESPOIR POUR L'AFRIQUE DE L'OUEST Cette opération est bien plus qu'un exploit chirurgical. C'est un message d'espoir adressé à toutes les mères et tous les pères d'Afrique de l'Ouest : vos enfants peuvent être soignés chez vous, par vos concitoyens, dans vos hôpitaux. C'est aussi un appel : pour que ces prouesses se multiplient, il faut soutenir la formation des médecins, équiper les hôpitaux et valoriser celles et ceux qui, jour et nuit, dans les grandes villes comme dans les zones rurales les plus reculées, se battent pour sauver des vies. Les deux jumelles de Bamako ne le savent pas encore. Mais leur histoire, déjà inscrite dans l'histoire médicale de leur pays, porte l'espoir de milliers d'autres enfants. Les deux sœurs resteront hospitalisées environ un mois. D'ici là, toute l'équipe du CHU Gabriel Touré, la ministre de la Santé, et le peuple malien tout entier veillent sur leurs premiers pas — les plus difficiles de leur jeune vie.
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