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Humanitaire
Soigner, Nourrir, Reconstruire : L'Histoire Humanitaire du Mali de 1960 à nos jours
24 septembre 2026
Et si l’histoire de l’indépendance du Mali se racontait aussi depuis les villages, les centres de santé, les communautés et les lieux où, au fil des décennies, des femmes et des hommes ont porté secours aux autres ?
Le 22 septembre 1960 marque l’accession du Mali à l’indépendance. Mais cette histoire ne se résume pas aux grandes dates politiques. Elle peut aussi être racontée à hauteur de communauté, à travers les crises auxquelles les populations ont été confrontées et les solidarités qu’elles ont mobilisées pour y répondre.
Sécheresses, épidémies, crises alimentaires, déplacements de populations, conflits ou catastrophes climatiques : depuis plus de six décennies, les Maliens ont connu des épreuves qui ont profondément marqué la vie des communautés.
Bien avant que le terme « humanitaire » ne s’impose, l’entraide faisait déjà partie de la vie sociale. Le *Mogoya*, fondé sur les liens de solidarité, et le *Daya*, qui repose sur l’entraide collective, témoignaient de cette capacité des communautés à se mobiliser pour faire face aux difficultés.
Au fil du temps, ces solidarités traditionnelles se sont articulées avec les services publics, les organisations de la société civile, les volontaires, les associations et les acteurs humanitaires.
De cette histoire est progressivement né un secteur humanitaire malien plus structuré, aujourd’hui engagé dans des réponses allant de la santé et de la nutrition à la protection, à la sécurité alimentaire et à l’accompagnement des populations déplacées.
**Retour sur plus de six décennies d’une autre histoire de l’indépendance : celle de la solidarité.**
## 1960-1970 : soigner et construire les premiers services de proximité
Au lendemain de l’indépendance, l’un des premiers défis fut d’améliorer l’accès aux services essentiels dans un pays où une grande partie de la population vivait en milieu rural.
La santé occupait une place centrale. Les grandes endémies, les maladies infectieuses et le faible accès aux infrastructures sanitaires constituaient alors des préoccupations majeures.
C’est dans cette période que se développèrent les premières grandes campagnes sanitaires, notamment contre la variole. Des équipes mobiles parcouraient les zones rurales pour atteindre des populations éloignées des centres urbains.
En 1965, la création de la Croix-Rouge malienne vint renforcer les capacités nationales de secours et d’assistance. Au fil des années, les volontaires et les acteurs communautaires participèrent eux aussi à cette réponse de proximité.
L’action humanitaire malienne commençait ainsi à prendre forme, dans le prolongement d’une solidarité qui existait déjà au sein des communautés.
## 1970-1980 : quand la sécheresse met les communautés à l’épreuve
Au début des années 1970, une succession d’années de faibles précipitations frappa durement le Sahel.
Entre 1972 et 1974, la sécheresse affecta les récoltes, les pâturages et le cheptel. Au Mali comme dans les autres pays sahéliens, de nombreuses familles rurales virent leurs moyens d’existence fortement diminués.
Face à l’ampleur de la crise, la solidarité dépassa les frontières. L’aide alimentaire internationale se développa et les agences des Nations unies ainsi que les organisations humanitaires commencèrent à occuper une place plus importante dans la réponse.
Cette crise allait durablement modifier la manière d’anticiper les situations d’urgence.
Lorsque de nouvelles sécheresses frappèrent le Sahel au début des années 1980, l’expérience acquise permit de renforcer les mécanismes de prévention. En 1986, le Mali mit en place son Système d’alerte précoce, destiné à détecter les signes annonciateurs des crises alimentaires.
L’expérience avait laissé une leçon importante : répondre à une crise était nécessaire, mais pouvoir l’anticiper l’était tout autant.
## 1980-2000 : faire davantage de place aux communautés
À la fin des années 1980, une nouvelle approche se développa dans le domaine de la santé : faire davantage participer les communautés à la gestion des services dont elles avaient besoin.
En 1989, le premier Centre de santé communautaire, à Banconi, à Bamako, fut créé avec la participation directe des habitants regroupés au sein d’une association de santé communautaire.
Le modèle des CSCOM allait ensuite s’étendre progressivement.
Cette expérience illustrait une évolution importante : les populations n’étaient plus seulement destinataires d’une assistance. Elles devenaient aussi des acteurs de la réponse.
Dans le même temps, les crises dans le Nord entraînèrent d’importants mouvements de populations. Le retour et la réintégration des réfugiés maliens au début des années 1990 mobilisèrent les pouvoirs publics, les communautés, les associations maliennes et les partenaires internationaux.
L’action humanitaire commençait alors à couvrir un éventail de besoins beaucoup plus large : urgence, santé, retour, réintégration et reconstruction des moyens d’existence.
## 2000-2011 : un secteur qui se professionnalise
Au début des années 2000, les acteurs intervenant auprès des populations vulnérables étaient devenus plus nombreux et leurs domaines d’intervention plus diversifiés.
Santé, nutrition, sécurité alimentaire, eau, hygiène et assainissement, éducation, protection ou soutien aux moyens d’existence : les réponses se multipliaient et se professionnalisaient.
Parallèlement, les organisations nationales développaient leurs capacités et leur présence sur le terrain.
Cette évolution marquait une continuité avec les formes traditionnelles de solidarité, mais avec de nouveaux outils, de nouvelles compétences et des dispositifs de réponse mieux structurés.
## Depuis 2012 : répondre à des crises qui se prolongent
À partir de 2012, les besoins humanitaires ont changé d’échelle avec la crise dans le Nord, puis son extension progressive vers le Centre.
Les déplacements de populations, l’insécurité alimentaire, les difficultés d’accès aux services essentiels et les conséquences des conflits ont créé des besoins multiples et durables.
Dans ce contexte, la présence des acteurs locaux a pris une importance croissante.
Ancrées dans les territoires et en lien direct avec les communautés, les organisations nationales ont été amenées à jouer un rôle de plus en plus important dans la mise en œuvre des réponses humanitaires.
Cette évolution s’est inscrite dans un mouvement international plus large : la localisation de l’aide.
## Une indépendance qui se raconte aussi par la solidarité
Soixante-six ans après l’indépendance, une autre histoire du Mali mérite d’être racontée.
Celle des communautés qui se sont organisées pendant les sécheresses. Celle des agents de santé qui ont parcouru les zones rurales. Celle des volontaires qui ont porté secours aux populations touchées par les crises. Celle des associations qui ont accompagné les familles déplacées. Celle des organisations nationales qui ont progressivement renforcé leur capacité à répondre aux besoins des communautés.
Cette histoire ne remplace pas celle de l’indépendance. Elle en offre simplement un autre regard.
Car l’indépendance peut aussi se mesurer à la capacité d’une société à prendre soin des siens, à s’organiser face aux épreuves et à renforcer, génération après génération, ses propres mécanismes de solidarité.
Au Mali, depuis 1960, cette histoire s’écrit aussi dans les communautés.

